Ce passage résonne comme un avertissement. Les apôtres sont si convaincus de la solidité de leur foi et de leur courage qu’ils en oublient leur vulnérabilité, or « la chair est faible » (vt. 41). Jésus nous donne dans ce récit un enseignement sur la vigilance et la prière. En cause, notre fragile condition humaine. Il nous exhorte à « veiller et à prier » car il connaît de quoi est faite la pâte humaine. Il sait que « l’esprit de l’homme est plein de bonne volonté » mais aussi que « la chair est bien faible ».
Jésus est notre modèle, il sait donc de quoi il retourne. Comme lui, nous devons veiller et prier pour nous garder quand vient la tentation. A Gethsémané, au plus fort de la tentation, Jésus continue d’enseigner ses disciples. Par trois fois nous le voyons reprendre Pierre, Jean et Jacques, mais c’est en vain ! La troisième fois (vt. 45), Jésus leur dit « dormez maintenant et reposez-vous » autrement dit : « je crois que jusqu’à présent je vous ai exhorté mais en vain, maintenant je vous donne la permission de dormir ; sachez cependant que vos ennemis ne vous laisseront pas tranquilles ! » Et c’est effectivement ce qui arrive immédiatement : « levez-vous, il faut y aller, voici, celui qui me trahit est là. » (vt. 46)
La suite du récit nous démontre que si Jésus a eu la force d’en haut pour résister à la tentation, alors que tous les disciples ont fui, c’est bien parce que lui-même n’a pas dormi et qu’il a pris le temps d’invoquer son Père pour s’abandonner entre ses mains. Ce qui est touchant dans l’attitude de Jésus c’est qu’au sein même de son agonie à Gethsémané, Jésus se soucie aussi de ses disciples. Il connaît leurs faiblesses, comme les nôtres…
La vigilance et la prière nous permettent non seulement de nous garder personnellement d’éventuelles chutes mais aussi d’encourager nos frères et sœurs dans la foi. Ce fut le cas de Marie Durand (1712-1776) enfermée pendant 38 ans à la tour de Constance à cause de sa foi. Elle veillait, priait et encourageait ses codétenues avec ce fameux mot gravé dans la pierre de leur cellule « register » (résister). Nous avons besoin que d’autres personnes bienveillantes et surtout bien-voyantes exercent à notre égard une protection en nous avertissant des dangers que nous encourons si nous restons endormis. Jésus n’a-t-il pas dit qu’un aveugle ne peut guider un autre aveugle au risque de tomber tous deux dans une fosse ? (Luc 6: 39).
Dans le passage parallèle de Marc 14 : 37, Jésus dit à l’apôtre Pierre « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller une heure ! » Jésus appelle l’apôtre « Simon » et non « Pierre » pour lui rappeler sa nature humaine et fragile. Il lui dit ainsi que son appel en tant qu’apôtre ne le dispense pas de veiller sur ses voies et qu’il reste un être humain vulnérable. La vocation de l’apôtre Pierre, aussi glorieuse soit-elle, ne le dispensait pas de veiller et de prier. Ceci dit, Jésus ne condamne pas Pierre mais il l’avertit comme il l’avait déjà dit dans son enseignement sur la prière : « Ne nous expose pas à la tentation mais délivre-nous du tentateur ». Jésus sait que ses disciples vont être « criblés comme du froment » (Luc 22: 31) et que la tentation qui les guette tous à ce moment-là est de renier Jésus.
En conclusion : Pierre était bien présomptueux quand le Seigneur l’a averti alors que plus tard, nous le voyons plus attentif à la voix de son maître (Actes 10) et achever la mission qui lui avait été confiée avec courage. Prenons du temps dans la prière en prêtant davantage attention à cet avertissement. Faisons-le pour nous-mêmes mais aussi pour nos frères et sœurs. Peut-être va-t-il nous dire « attention ! Veille sur toi et sur ton frère, prie » ? Il n’y a que le Seigneur qui connaisse notre véritable état spirituel, et c’est en passant du temps avec lui que nous pouvons savoir où nous en sommes spirituellement et ainsi veiller.
TR.

